Le projet nomoSeed, la structure du langage nomo, provient des travaux de recherche d'une thèse soutenue en 2007 par Cédric Coussinet sur la cognition artificielle dont voici un résumé :

Le progrès actuel de la robotique repose sur le développement de méthodes liées à la spécification des tâches et des techniques associées. Toutefois, cette démarche occulte toutes les situations où l’environnement se révèle imprévisible à cause de la méconnaissance du milieu ou de la présence d’agents autonomes comme les humains par exemple. Dans ces situations, le robot doit être autonome c'est-à-dire être en mesure de spécifier lui-même ses objectifs ainsi que les moyens d’y parvenir. Afin de réaliser un tel robot, un grand nombre d’approches inspirées des sciences cognitives existent. Cependant, aucune d’entre elle n’a permis d’atteindre cet objectif au cours des cinquante dernières années.

Afin de déterminer les raisons de cette impasse générale, une grille d’analyse philosophique et épistémologique a été établie pour mener une étude transversale des différentes approches en sciences cognitives. Le point commun de ces approches se révèle être alors l’utilisation directement ou indirectement d’au moins une hypothèse ontologique qui définit a priori la notion d’objet et la notion de vérité. L’examen des différentes critiques sur les principales conceptions de la vérité révèle alors que l’emploi d’hypothèse(s) ontologique(s) entraine des paradoxes qui se répercutent dans les théories de la connaissance sur lesquelles se fonde les sciences cognitives.

Une manière de dépasser cette impasse consiste alors à définir la notion de vérité fondée sur une philosophie de la cognition et non sur une philosophie du monde. Dans ce cadre, le pragmatisme de James (1905) se propose de définir la vérité comme l’acceptation d’une croyance en vertu des avantages dont l’évaluation se traduit également par des croyances. Cette circularité amène à considérer la constitution des croyances comme une dynamique sémiotique (Peirce, 1934) toujours dépendante des interactions avec l’environnement. En utilisant la notion d’autopoièse de Maturana et Varela (1989), il a été alors proposé de définir la cognition comme une autopoièse sémiotique. A partir de cette conception et des remarques éthologiques de Lorenz (1937), une généalogie en quatre stades de la cognition au cours de l’évolution des espèces a été avancée.

L’analyse du concept d’autopoièse sémiotique montre que le projet d’artificialisation de la cognition demeure envisageable sur des robots munis de senseurs et d’effecteurs. Par ailleurs, la formalisation de la sémiose a permis de définir une architecture cognitive et de mettre en évidence la différence entre un système logique décrivant des relations logiques et une autopoièse sémiotique réalisant des relations effectives. En s’inspirant des systèmes de classeurs (Holland, 1976) considérés comme des structures dissipatives subsymboliques, une architecture cognitive a été spécifiée et implémentée afin de produire une autopoièse sémiotique minimale.

Considérer la cognition comme une autopoièse sémiotique implique que la sémiose débute à partir d’un ensemble de croyances précédent toute expérience cognitive : les proto-croyances. Par ailleurs, la nécessité des proto-croyances exprime l’impossibilité d’éliminer le normatif (Putnam, 1983). L’évolution des capacités cognitives d’un individu dépend, en plus de l’environnement, de la complexité de ces schèmes cognitifs initiaux.

À partir de l'architecture cognitive minimale développée, l'expérimentation en environnement simulé et réel a pu montrer la présence de propriétés d'auto-organisation et d'auto-orientation, en exprimant les règles et les métarègles avec le même formalisme.

Ce formalisme correspond à l'origine du langage nomo défini et développé après la thèse.